Pourquoi le chat remue-t-il la queue quand il chasse un oiseau sur la pelouse ?

Pourquoi le chat remue-t-il la queue quand il chasse un oiseau sur la pelouse ?

C’est une scène que la plupart des propriétaires de chats connaissent bien. Par la fenêtre, ils voient leur chat suivre un oiseau en rampant furtivement vers lui, tête basse et corps aplati contre le sol. Soudain, tous les efforts de prudence de l’animal tapi pour se rendre aussi invisible que possible se trouvent réduits à néant par la queue de l’animal, qui se met à cingler l’air. Ce mouvement fait l’effet d’un drapeau qu’on agite pour alerter l’oiseau du danger qui le menace. La victime potentielle décolle aussitôt et va se réfugier ailleurs, laissant derrière elle un chasseur frustré, l’œil nostalgique  fixé sur le ciel.

Le maître, qui a suivi la scène, est déconcerté par la maladresse de son chat. Pourquoi la queue du chat trahit-elle le reste du corps d’une manière aussi autodestructrice ? Les ancêtres sauvages du chat domestique n’airaient jamais pu survivre, avec une pareille faille dans leur technique de chasse ! Or, nous savons que, pour le chat, agiter la queue est un signal social qui indique un conflit aigu. Employé entre deux chats, il est fort utile, et il représente une partie importante du langage corporel des félins. Mais, lorsqu’il est transféré dans le contexte de la chasse, où le seul regard qui va capter le signal est celui de la proie convoitée, il gâche tout. Alors pourquoi ne pas l’avoir réprimé dans des situations de ce genre ?

Pour trouver la réponse, il faut commencer par observer le déroulement normal de la chasse pour le chat. Celle-ci ne se situe pas sur une pelouse, à découvert, et  elle est moins bien connue qu’elle implique une attente prolongée, à l’affût. Si  le maître surgit au milieu d’une chasse, elle tourne court automatiquement – et il n’y a plus rien à voir. Dérangé, le gibier s’échappe et le chat abandonne. Pour l’observateur de fortune, il n’est guère facile de pouvoir observer l’ensemble de la séquence. Il faut, pour cela, se livrer à une observation systématique et secrète du chat. Lorsqu’on entreprend celle-ci, un certain nombre d’élément se font jour.

Premièrement, le chat se sert très souvent d’un abri. Il reste longtemps allongé, à moitié dissimulé dans les broussailles, seuls en général les yeux et une partie de la face restant visibles. La queue est en principe complètement cachée. Deuxièmement, il ne cherche jamais à bondir sur une proie avant d’en être tout proche. Le chat ne court pas après la proie. Il peut faire quelques pas rapides quand il traque, avancer vivement dans sa position aplatie, mais il s’arrête de nouveau et attend encore avant de bondir. Troisièmement, ses proies normales ne sont pas les oiseaux, mais les rongeurs. Une étude sérieuse faite aux Etats-Unis sur les chats harets a permis de constater que les oiseaux ne représentent que quatre pour cent de leur alimentation. En raison de leur œil perçant et de leur aptitude à s’envoler tout droit en l’air pour prendre la fuite, les oiseaux ne constituent pas un objectif souhaitable pour les chats domestiques.

Tous ces éléments réunis expliquent le dilemme auquel le chat suburbain est confronté lorsqu’il chasse un petit oiseau sur la pelouse du jardin. En premier lieu, la pelouse tendue, dégagée, prive le chat d’un abri naturel, exposant son corps aux regards. Cela a un effet doublement regrettable pour lui. D’une part, il lui sera pratiquement impossible de s’approcher suffisamment de sa proie pour accomplir, sans être vu, son bond rapproché. Il se trouve plongé dans un conflit aigu, voulant d’une part rester immobile et tapi, et d’autre part foncer et attaquer. Le conflit agite sa queue avec fureur, et l’absence même de couverture, qui a engendré le conflit, expose cruellement les vigoureux mouvements de queue au regard affolé de la proie convoitée.

Alors, si tenter d’attraper un oiseau sur une pelouse dégagée est de toute façon voué à l’échec, pourquoi s’obstiner ? Le fait est que le chat a en lui la pulsion puissante de chasser à intervalles réguliers. Mais cette pulsion est entravée par le progrès de l’humanité en matière de dératisation. Dans les grandes métropoles, les villes et les banlieues, les rongeurs qui, autrefois, envahissaient les techniques modernes. Les oiseaux du jardin ont beau être un fléau, leur attrait pour l’œil humain les a protégés jusqu’ici  d’un pareil sort. C’est ainsi que le chat, prédateur de rongeurs, se trouve à présent dans un environnement artificiellement dépourvu de souris, mais riche en volatiles. Ses qualités naturelles de chasseur ne peuvent lui servir dans de pareilles conditions. C’est cet état de choses qui conduit le chat, contraint mais sans illusions, à se tapir sur des pelouses dégagées, fixant avec convoitise des oiseaux insaisissables. Alors, dans ces circonstances, quand il agite la queue sous les yeux de sa proie, ce n’est pas lui qui est un chasseur stupide, mais nous, qui, sans y penser, avons forcé cet habile chasseur à tenter l’impossible.

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